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10 juillet 2010 6 10 /07 /juillet /2010 16:38

10-07-10 - trajetAi-je parlé de météo favorable dans ma dernière note de blog? En pratique, le vent qui devait nous permettre d'aller vers le nord pendant environ deux jours pour ensuite être au travers par rapport aux vents de nord dominants le long de la côte portugaise nous a abandonnés au bout d'une demi-journée, nous laissant plantés à une latitude bien moindre que celle que nous espérions atteindre. Avec un vent invariablement nord-est nous n'avons ensuite pas eu d'autre choix que de faire le près le plus serré possible pour ne pas descendre trop au sud et essayer d'atteindre Lisbonne. Quant à aller à Porto, il a été vite évident qu'il nous aurait fallu tirer des bords pendant plus d'une semaine et nous y avons vite renoncé.

La traversée a malgré tout plutôt bien commencé. Sans être idéales, les conditions étaient suffisemment correctes pour nous permettre de passer un peu de temps dehors, et nous avons vu des dauphins, que nous avons identifiés comme des dauphins communs grâce à notre guide des açores et à leur côté bicolore (bleu et marron). 10-07-10 - encorevaillanteNous avons aussi vu à quelques mètres du bateau un aileron tout à fait différent de ceux des dauphins, tant par sa forme (triangulaire plutôt que recourbé) que par son comportement (mouvement lent et parallèle à la surface, loin des bonds des dauphins), et que nous avons identifiés comme un requin! Mais le plus impressionnant a été le gros cétacé (baleine ou cachalot) qui est apparu à 20 mètres de Coyotico, et dont on a vu la forme et le souffle pendant un petit moment, jusqu'à ce qu'il s'éloigne.

C'est ensuite que ça s'est gâté. La traversée, qui devait d'après notre guide être "fast and exhilarating", s'est avérée la plus désagréable de notre voyage. C'était le près dans toute sa splendeur et ses désagréments : le bateau est incliné à 30° et agité de soubresauts, voire de chocs violents quand il retombe à plat sur une vague, les déplacements sont lents, difficiles et occasionnent de nombreuses interjections plus ou moins polies et à peu près autant de bleus, des vagues recouvrent régulièrement le pont et le cockpit et rendent les sorties risquées (à moins de vouloir prendre une douche froide et salée), les tiroirs et placards s'ouvrent tout seuls en déversant leur contenu ou se referment d'eux-mêmes, si possible quand on a encore les doigts à l'intérieur, les objets volent hors de leur compartiments lors des coups de gîte particulièrement forts et échouent sur le plancher, rendant les déplacement dans le bateau encore plus périlleux... Sans oublier les inconvénients plus mineurs mais néanmoins fort gênants, comme l'extrême difficulté de cracher le dentifrice dans un petit lavabo sans repeindre tout le coin salle de bain.
10-07-10 - giteDans ces conditions inutile de dire que côté cuisine on était loin des petits plats habituellement mitonnés avec soin par Axel: même si on a évité le riz blanc tous les jours on a tout de même moins bien mangé que lors d'autres traversées. Certains jours particulièrement inconfortables ont été l'occasion de tenter des expériences franchement douteuses telles que maïs-saucisse en boîte (à déconseiller), la palme du degré zéro de préparation revenant au repas paté + biscottes, dans les cas vraiment dramatiques où il n'était même pas question de se pencher sur une casserole.

Axel a trouvé ça particulièrement pénible, quant à moi, misérablement cachée au fond de la couchette arrière, j'essayais de ne pas voir l'étonnante inclinaison de la mer par rapport au bateau, ni les grosses vagues qui s'abattaient sur le pont, ni le hauban sous le vent détendu par la tension des voiles, qui vibrait avec une amplitude tout à fait inhabituelle, et de ne pas entendre les écoutes grincer et le vent siffler dans le gréement. 10-07-10 - manoeuvreNe pouvant pas trop lire pour cause de mal de mer sournois, j'ai voulu hiberner pour passer le plus vite possible cet épisode déplaisant. Malheureusement le corps humain n'est pas fait pour dormir plus de 16 heures par jour, plusieurs jours de suite (j'ai essayé!); j'ai donc du renoncer à mon projet, ce qui était aussi bien car il fallait rester un petit peu opérationnelle pour surveiller qu'Axel ne tombe pas à l'eau pendant les manoeuvres.
Car contrairement à beaucoup de nos navigations où il suffisait de hisser les voiles au début et de les affaler à la fin, il a fallu pendant cette semaine adapter continuellement les voiles au vent, qui est devenu de plus en plus fort au fur et à mesure qu'on avançait vers l'est. D'abord les ris dans la grand voile, puis dans le génois, puis on a remplacé le génois lourd par le foc 1, et on a fini par faire plus de douze heures avec le foc 1 seul à l'avant, la grand voile étant complètement affalée pour soulager le gréement. C'est à cette occasion que j'ai enrichi mon vocabulaire de marin et j'ai appris qu'il ne faut pas dire "ah dis donc, ça souffle, hein" mais plutôt "sacrebleu, ça bastonne".

Ce n'est que les derniers jours de la traversée que le vent s'est un peu calmé; on a pu renvoyer un peu de toile et recommencer à passer du temps dans la position assise plutôt qu'allongée. L'arrivée à Lisbonne a tout de même été accueillie par l'équipage avec un soulagement au moins aussi grand que la vue de Horta après quatre semaines de mer...

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30 juin 2010 3 30 /06 /juin /2010 21:07

La météo annoncée pour les prochains jours est favorable pour notre navigation vers le Portugal, le départ des Açores a donc été fixé à demain matin.


Comme d'habitude, je suis un peu en retard (note du correcteur : grave à la bourre) dans mes notes de blog et le récit de nos palpitantes aventures sur l'île de São Miguel n'apparaîtra sur ce site que dans environ une semaine, quand nous serons arrivés à Porto (à moins que ce ne soit Lisbonne, ça va dépendre du vent).


A bientôt!

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28 juin 2010 1 28 /06 /juin /2010 21:01

Voici donc une petite série sur les multiples avantages de ne pas avoir de moteur à l'annexe. Même si on pu réparer notre petit hors-bord aux Antilles, on a tout de même fait la majeure partie de nos escales à la rame, ça méritait bien un petit dessin.

annexe1ps ceux qui sont passés par la Guyane reconnaîtront peut-être

- les racines de palétuvier

- l'aigrette blanche

- le papillon morpho

- les gros yeux

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28 juin 2010 1 28 /06 /juin /2010 20:58

Cela fait maintenant trois jours que nous sommes arrives à Ponta Delgada, sur l'île de São Miguel et j'ai un scoop: en fait, les Açores, c'est dans l'hémisphère sud. Cela dit, pour un hiver, on est pas trop mal lotis: certes, il pleut tous les jours, mais la température ne descend que rarement sous les 20°.


Entre les gouttes on arrive à se balader dans la ville - qui est plutôt sympathique, d'ailleurs -  mais nous attendons des prévisions météo un peu meilleures pour nous éloigner un peu plus du bateau. Nous nous consacrons donc à des activités d'intérieur: grâce à un entraînement intensif, Axel est en train de devenir très fort au scrabble, et il a également peaufiné l'étanchéité des hublots (vu le temps, ça commençait à devenir critique). De mon côté, j'en ai profité pour commencer une nouvelle série de dessins, dont le premier épisode est publié dans la note qui suit.

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24 juin 2010 4 24 /06 /juin /2010 06:30

10-06-24 - workinprogressLa coutume veut que chaque bateau en escale à Horta laisse, comme trace de son passage, une peinture sur le sol ou les murs du port.
Nous n'avons pas voulu déroger à la tradition (en plus, il paraît que si on ne le fait pas, on n'est pas sûrs d'arriver à bon port) et nous avons donc passé une partie de notre dernière journée à Horta à apporter notre contribution à la décoration de la marina. Malgré la difficulté de la chose  - allez faire des motifs avec un pinceau large de deux centimètres, sur une surface qui en plus d'être terriblement rugueuse, a une inclinaison propice aux coulures, fléau du peintre maladroit - malgré ces difficultés, disais-je, notre peinture est la plus belle du port, et aussi la plus kitsch romantique.

10-06-24 - peinturehorta


Nous sommes maintenant en partenance vers São Miguel, dans le groupe oriental des Açores, où nous devrions arriver d'ici 48 heures.

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23 juin 2010 3 23 /06 /juin /2010 17:38

10-06-23 - hortaLes premiers jours à Faial ont été consacrés à la visite d'Horta, la ville principale de l'île. Non qu'elle soit très grande, mais le temps maussade voire franchement mauvais nous a confiné une bonne partie du temps sur le bateau, et comme nous avons une fâcheuse tendance à choisir les moments où il pleut pour aller se promener, nous avons évité de partir à l'aventure trop loin d'abris potentiels.
Entre deux averses nous avons donc parcouru les petites rues en pente avec la mer au fond, admiré les jolies maisons colorées, vu de nombreuses églises blanches bordées de noir et profité des jardins ombragés (le peu de fois où il y avait du soleil qui faisait de l'ombre). On a même visité une exposition d'art moderne (une fois où il faisait vraiment mauvais).

10-06-23 - scrimshawA la fin de la semaine la météo a enfin commencé à annoncer un temps un peu meilleur - moins humide, en tout cas. Nous en avons donc profité pour prendre le ferry et aller visiter Pico, dont on aperçoit le sommet (2300 mètres) depuis le mouillage lorsque le temps est clair.
La visite de Pico se fait sur le thème de la baleine. En effet, Pico était le centre de la chasse à la baleine lorsqu'elle se pratiquait aux Açores; maintenant de nombreuses agences installées dans les anciens ports baleiniers proposent d'aller voir les cétacés qui sont nombreux dans la zone et il n'y a pas moins de trois musées consacrées à divers aspects de cette activité. Nous les aurions volontiers tous visités, mais nous avons fait le tour de l'île dans le mauvais sens, ce qui fait qu'on est arrivés aux musées du sud, ouverts l'après-midi, le matin, et au musée du nord, ouvert le matin, l'après-midi. Pour ne pas repartir sur cet échec, nous sommes retournés au sud visiter le musée sur les baleiniers (heureusement, l'île n'est pas très grande). Nous avons donc pu admirer un film montrant les açoréens sur leurs longues barques partant à l'assaut des cachalots, c'était assez impressionnnant. A ce propos, saviez-vous qu'ils utilisaient deux types d'armes: le harpon pour accrocher la barque au cachalot, et une sorte de javelot, qu'ils lançaient de nombreuses fois sur le cétacé jusqu'à le tuer? On a aussi pu voir quelques exemplaires d'art sur dent de cachalot (scrimshaw), typique du coin et dont on peut acheter de multiples exemplaires dans les magasins de souvenirs (mais curieusement, les dents qu'ils vendent maintenant sont en plastique).

10-06-23 - campagnepicoCela dit, si la baleine est le principal argument touristique de l'île, c'est loin d'être le seul intérêt de Pico. Sur une île plutôt petite (environ 50km de long sur 20 de large), la diversité de paysages est vraiment impressionnante.
Les côtes sont colorées par le noir des roches volcaniques: rochers qui se jettent dans la mer en formant des petits ports et piscines naturels, murets qui protègent les vignes plantées sur les anciennes coulées de lave, petites maisons aux toits de tuile: tout a la même couleur sombre. Seules les habitations plus récentes sont plus claires.
Un peu plus loin de la mer, on trouve des jolis paysages de bocage: la route passe entre des bosquets de hortensias blancs, des vaches paissent dans des prés bordées de haies et on aperçoit des cultures sur des petites parcelles.
Un peu plus haut, sur le plateau qui surplombe la mer, on découvre une espèce de lande très vallonée, pleine de brume, où les nuages dévoilent parfois un lac ou un petit sommet.

10-06-23 - landepico

10-06-23 - scooterNous avons ensuite attendu une fenêtre météo à nouveau favorable pour visiter Faial. Comme la fenêtre météo en question était vraiment très favorable (grand soleil annoncé) nous avons décidé de changer de moyen de transport, et après la voiture, detenter la moto, moins confortable mais plus pratique pour s'arrêter sur le bord des petites routes de l'île. Le premier engin proposé par l'agence de location était une 125 cc, modèle orienté plus moto-cross que balade en ville. Elle plaisait bien à Axel, mais l'absence de compteur de vitesse, de jauge à essence, et de rétroviseurs, sans compter la fumée qui s'élevait du démarreur lorsqu'on la mettait en marche nous ont incité à l'échanger contre un scooter, moins pratique pour prendre les petites routes mal pavées mais plus rassurant.
L'île est principalement axée vers l'agriculture et l'élevage, et on retrouve des paysages champêtres semblables à ceux de Pico, à ceci près que les hortensias et autres fleurs qui bordent les routes sont plutôt bleus que blanc. On retrouve aussi les mêmes ports microscopiques, coincés entre deux rochers au pied de la falaise, et qui paraissent déjà tellement peu pratiques par temps calme qu'on se demande comment ils font pour mettre leurs barques à l'eau quand il y a un peu de mer.

10-06-23 - capelinhosSi le tourisme à Pico est orienté vers les baleines, celui de Faial l'est plutôt sur les phénomènes volcaniques. Il faut dire qu'ils ont à disposition Capelinhos, un volcan de moins de cinquante ans, qui a ajouté quelques kilomètres carrés à l'île, modifié le tracé de la côte et rendu un phare inutilisable. Et effectivement, l'endroit est assez impressionnant, avec des coulées de lave bien visibles, des collines de cendres et des quantités de "bombes volcaniques", ces gros cailloux ejectés lors d'une éruption. Tout est gris ou noir, en contraste frappant avec les alentours, très verdoyants comme tout le reste de l'île.

Plus ancien, mais tout aussi spectaculaire, la caldeira du centre de l'île. C'est un grand cratère, d'environ huit kilomètres de périmètre (c'est en tout cas la longueur de la balade qui en fait le tour), aux pentes abruptes et au fond occupé par des petits lacs, un mini-volcan et beaucoup de verdure. C'est vraiment magnifique, surtout avec la lumière de fin d'après-midi qui fait ressortir les ombres.
10-06-23 - caldeira

 

Le dernier jour à Horta (aujourd'hui, en théorie) est moins passionnant puisqu'il est consacré aux courses et aux formalités - nous restons aux Açores mais en changeant d'île il faut à nouveau faire tamponner les papiers remplis à l'arrivée.

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19 juin 2010 6 19 /06 /juin /2010 19:39

pluie

(il fait froid et depuis qu'on est arrivé il pleut tous les jours... ça change des tropiques)

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18 juin 2010 5 18 /06 /juin /2010 13:46

Voilà, presque jour par jour, notre navigation. Pour éviter de faire une note du type  "bon bah on a eu du vent... et puis un peu moins... et des fois il venait d'en face et des fois de travers..." j'ai studieusement pris des notes tous les jours. Le résultat est un peu long, certes, mais c'est pour vous donner une idée de la durée de la chose...

 

10-06-18 - guadeloupeJ1 (21 mai)  - départ de la Guadeloupe. Le temps est dégagé (on voit même presque toute la Soufrière, comme par hasard au moment où on part), la mer est plate (on est protégés de la houle de l'Atlantique par l'île), le vent souffle bien mais pas trop. Pour se donner le moral (ou pas), on calcule notre temps estimé de parcours en fonction de la vitesse moyenne, ce qui a en plus l'avantage de nous entraîner à la division par 24. Une moyenne de 4 noeuds, estimée la plus probable donne une date d'arrivée au 16 juin, ce qui paraît encore bien loin...
J2 - On continue à naviguer dans les Antilles: on passe Antigua puis Barbuda sur une mer toujours aussi plate.


J3 - Les choses se gâtent : on est sortis de la protection des îles et la houle commence à secouer le bateau, et le mal de mer, auquel on avait miraculeusement échappé jusque là, fait son apparition. Pour ne rien arranger, le temps empire et on commence à avoir des grains. Ca va encore plus mal le lendemain: plus de grains et toujours autant de mal de mer, même Axel ne se sent pas très bien.
J5 - Ca va un peu mieux et on commence à manger autre chose que du riz. Il faut dire qu'on a trouvé un bon moyen de lutter contre le mal de mer : chanter. On commence à connaître une bonne partie des paroles de notre "livre des chansons de France" et quand on arrive au bout de notre répertoire on invente des nouvelles strophes pour varier. Le texte de "J'ai du bon tabac dans ma tabatière", en particulier, est assez pauvre et il est facile d'y ajouter une suite:
après
     J'ai du bon tabac dans ma tabatière,
     J'ai du bon tabac, tu n'en auras pas
     J'en ai du fin et du bien râpé
     Mais ce n'est pas pour ton vilain nez
     J'ai du bon tabac dans ma tabatière,
     J'ai du bon tabac, tu n'en auras pas

On enchaîne avec, toujours sur le thème "pas très recommandé par l'institut manger-bouger-cinq-fruits-et-légumes-par-jour":
     J'ai des bons sodas dans mon frigidaire   
     J'ai des bons sodas tu n'en auras pas
     J'en ai des gras et des bien sucrés
     Mais ce n'est pas pour ton vilain nez
     etc, etc
et puis:10-06-18 - nous
     J'ai d'la bonne vodka j'l'ai achetée hier
     J'ai d'la bonne vodka tu n'en auras pas
     J'en ai d'la pure et d'la frelatée
     Mais ce n'est pas pour ton vilain nez
     etc, etc
On avait aussi une strophe où la rime en "air" était donnée par le mot "garçonnière" mais elle a été censurée par le comité de rédaction.
Bref, on s'amuse comme on peut mais le moral revient malgré le temps qui reste très maussade, avec pluie et grains (peut-être que nos exploits vocaux n'ont pas arrangé les choses). Heureusement le vent souffle bien, et dans une direction favorable qui nous permet de prendre presque directement la direction des Açores, au lieu de faire un grand tour vers les Bermudes comme il était prévu initialement.


J7 - le mal de mer a maintenant complètement disparu, à peu près en même temps que le vent. Axel profite du calme pour faire le premier pain de la traversée, moi pour faire cramer le gâteau au chocolat cuisiné avec les derniers grammes du paquet de 3kg emmené de France. Toujours dans le domaine culinaire, on mange notre dernière noix de coco avec émotion, cette fois les tropiques c'est bien fini...
10-06-18 - ordiJ8 - Les grains continuent, il pleut et une des pièces du régulateur d'allure casse régulièrement. Axel est obligé de sortir à chaque fois pour aller la rafistoler avec du fil de fer, il commence à craquer et parle avec insistance de Panama ("les cocotiers, c'est vers l'ouest, il est encore temps de faire demi-tour!").
Il fait de plus en plus froid et humide: on voit du moisi apparaître sur les objets en cuir et après huit mois à s'habiller uniquement pour des raisons de convenance il faut à nouveau sortir les polaires et dormir sous la couette. C'est dur pour le moral...


J11 - Le soleil revient enfin, le vent tourne et on est maintenant au travers, mais l'allure reste confortable et le moral remonte, d'autant plus que la batterie du bord charge très bien. On peut maintenant utiliser sans problème les ordinateurs pour changer de la lecture et on commence à regarder des films régulièrement. On en profite pour faire notre culture du cinéma français des années 50-60 (Gabin, Belmondo, Lino Ventura...). En effet ce sont les films sur lesquels on se met le plus facilement d'accord, Axel n'étant pas très chaud pour les films noirs des années 40 et moi pas très enthousiasmée par les films mille fois vus qu'Axel propose à chaque fois (certes, on n'a vu crocodile dundee 2 que deux fois, mais bon...).
J12 - J14 :  le temps se maintient, on avance bien, et on croise plein de cargos.


10-06-18 - calmeplatJ14 - le vent tombe et nous ralentissons sensiblement, mais on continue à avancer et la batterie charge toujours aussi bien car nous sommes encore au travers. Les fichiers gribs que nous avons récupéré nous indiquent une zone de calme devant nous et nous bifurquons vers le nord pour la traverser le plus vite possible.
C'est la fin de la deuxième semaine de navigation et nous entamons notre paquet de viande fumée, ce qui ouvre une période d'une semaine extrêmement faste du point de vue culinaire: le temps plutôt calme et l'allure confortable sont propices à la cuisine, Axel en particulier se sent très inspiré et nous mitonne de bons petits plats, avec diverses sauces et accompagnements. Je contribue un peu mais mes versions sont tout de même moins élaborées.
J16 - Le vent revient!
Nous avons fini notre stock de pamplemousses depuis un petit moment et nous passons à la vitamine C en pastilles. Pas qu'on ait un grand besoin d'énergie, mais ça ne peut pas faire de mal...


10-06-18 - couchersoleilJ17 - on abat un peu pour faire un peu plus d'est et reprendre la direction des Açores (ça y est, je parle comme une navigatrice).
Nos activités se suivent et se ressemblent: beaucoup de lecture et pas mal d'ordinateur (je me suis mise en tête d'apprendre le PHP au cas où je veuille me reconvertir en web-designeuse, ça occupe), mais aussi: scrabble, cuisine, films, contemplation de cargos et de couchers de soleil, dessin de petites croix et petits traits sur la carte pour suivre notre progression,  étude attentive des fichiers météo, et quelques manoeuvres de temps en temps.
J18 - on croise pour la première fois du trajet des dauphins, un grand groupe d'une espèce assez grosse, avec une rayure blanche sur le côté. Malheureusement, ils viennent surtout le soir, à l'heure où il n'y a plus de soleil et on est un peu moins motivés pour rester à les regarder dans le vent et le froid.


J21 - Après plusieurs jours de bon vent, nous sommes enfin passés sous la barre des 500 miles restant à faire! Mais la météo s'annonce moins favorable que ces derniers jours, avec un vent plus faible et franchement est, ce qui va nous obliger à faire du près. Le skipper émet l'idée d'aller directement au Portugal, ce serait bien plus pratique avec le vent prévu, mais l'équipage se rebelle et on maintient l'objectif initial.
10-06-18 - tableacartesJ22 - Comme prévu, on avance de moins en moins vite, et en plus il se remet à y avoir des nuages. Premier contact vocal avec le monde extérieur depuis le départ: on discute via la VHF avec un voilier qui apparaît à l'horizon. Comme ça, on peut se lamenter de concert sur le manque de vent et comparer nos itinéraires.
J23 - Comme prévu, on est au près, ce qui est franchement inconfortable, mais maintenant on est des durs et on n'a même pas le mal de mer (même pas moi). La traversée commence à se faire longue, Axel connaît par coeur le Réponses Photos et le Cheval Magazine achetés avant de partir, et il commence même à bien connaître Glamour et Cosmopolitain, c'est dire si la terre se fait attendre.


J24 - On est toujours au près, la qualité de la cuisine baisse avec le degré de gîte et on vient de terminer notre dernier paquet de galettes saint-Michel. Il est temps qu'on arrive...
J25 - La météo annonce un vent de sud-est pour les prochains jours, ce qui veut dire que non seulement on va continuer au près, mais en plus le mouillage que l'on visait sur l'île de Flores, tout à l'ouest des Açores, ne sera pas du tout protégé du vent ni de la houle. Le skipper décide donc, avec le support réticent de l'équipage, de continuer jusqu'à l'île de Faial, où il y a une baie très bien abritée. Cela nous rajoute donc un jour de navigation, ce qui peut paraître insignifiant par rapport à la quantité de jours déjà passés en mer mais ça fait mal au moral. Il faut doubler le nombre de miles restant à parcourir (suivi avec atention et espoir depuis plusieurs jours) et effacer la petite croix que je venais de faire (la veille) sur mon itinéraire.


10-06-18 - lectureJ26 - Finalement, notre nouvelle destination ne va pas nous ajouter un jour, mais deux: le vent est de plus en plus faible, on a du mal à dépasser les deux noeuds, et encore, pas toujours dans la bonne direction. Axel râle beaucoup, heureusement on prend un petit poisson juste pour le repas du soir et ça améliore un peu son humeur. Deuxième nuit de veille pour surveiller les éventuels pêcheurs et pour ne pas se précipiter sur la terre qui est proche, au cas où le vent se lèverait tout d'un coup (peu probable, mais ce serait vraiment bête).
J27 (16 juin) - On avance toujours lentement, mais il n'y a plus que 20 miles à faire et vers 14h20 nous jetons l'ancre dans la baie de Horta. On aurait bien jeté les amarres, mais la marina est pleine. Notre premier geste (après avoir fait les formalités et testé le wifi): aller faire quelques courses et se faire des tartines de pain et de beurre. C'est l'avantage des pays (relativement) froids: on peut conserver du beurre hors du frigo sans craindre qu'il ne se liquéfie instantanément.


Au programme des prochains jours: quelques balades pour se réhabituer à marcher, orgie de fruits et légumes et ensuite on visitera peut-être un peu...

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16 juin 2010 3 16 /06 /juin /2010 23:19

Nous voici enfin arrivés aux Açores! En attendant le récit de la traversée depuis la Guadeloupe, encore quelques mots sur les Antilles et plus précisément sur la gastronomie.

 

10-06-16 - fruitpainLes marchés et supermarchés des Antilles françaises ne nous ont pas offert de découvertes majeures; on y trouve beaucoup de produits (frais ou pas) venant de métropole, et pour la première fois depuis les Canaries le prix de la patate douce est supérieur à celui des pommes de terre.

Malgré tout, nous avons encore profité des fruits et légumes tropicaux. D'abord parce qu'aux grenadines l'approvisionnement est plus local, et ensuite - et surtout - parce qu'il suffit de lever les yeux au bord des routes pour faire son marché. Nous avons de cette manière fait ample provision de mangues et de noix de coco, et c'est aussi comme cela que nous avons découvert le fruit de l'arbre à pain, curieusement introuvable sur les étals des marchés. Comme d'habitude, nos premières expérimentations n'ont pas été très concluantes: les fruits cueillis ou ramassés trop verts ont moisi sans passer par la phase mangeable. Mais une fois que nous avons su les choisir (il faut attendre que la sève blanche coule sur le fruit, merci internet!) nous avons obtenu un résultat fort sympathique, avec un léger goût d'artichaud quand le fruit est juste mûr, plus sucré quand on le laisse ramollir.

10-06-16 - corossolJe précise tout de même quie nous avons pris soin à chaque fois de choisir des arbres (à pain, cocotiers ou manguiers) au bord de la route, non clôturés et sans propriétaires apparents.

Toujours dans la catégorie fruit, nous avons redécouvert aux Grenadines le graviola, écarté comme fruit immangeable depuis une expérience malheureuse au Brésil. Nous en avons goûté sur le marché de Clifton et nous nous sommes rendu compte que le specimen acheté au Brésil était bien trop vert et qu'une fois mûr, le fruit est en fait délicieux. Nous l'avons ensuite retrouvé sous le nom de corossol en Martinique et en Guadeloupe, en particulier sous forme de parfum pour yaourt et jus de fruit (et c'est toujours aussi bon).
Le jus de canne, que nous avons rencontré régulièrement depuis le Brésil et que nous avons enfin goûté, nous a bien moins convaincus: ce liquide ultre-sucré et franchement écoeurant a fini à l'eau après avoir traîné quelques semaines au fond d'un placard.

 

 

10-06-16 - accrasNous avons évidemment profité de notre escale aux Antilles françaises pour goûter les célèbres spécialités locales.
En tête, le rhum et ses nombreux cocktails à base de jus de fruits exotiques, ou simplement en ti-punch, ou même tout seul lorsqu'il est vieux. Je ne m'étends pas sur ce sujet car on va encore me faire remarquer que l'alcool prend beaucoup de place dans mes notes sur la gastronomie locale; notons seulement qu nous avons pu constater qu'il existe des différences de goût étonnamment marquées entre des rhums de différentes marques, et qu'ils ne font pas tous le même ti-punch.
Pour accompagner le ti-punch, rien de mieux qu'une assiette d'accras de morue (ou faudrait-il inverser les termes?). On peut éventuellement ajouter à ces beignets épicés des boudins pour compléter la touche typique créole mais il faut de mon point de vue avoir l'estomac relativement solide pour absorber tout ça (surtout avec le ti-punch).
Dans le genre spécialité on a aussi goûté avec plaisir quelques plats récurrents sur la carte des restaurants: cabri en sauce, poulet au colombo (mélange d'épices local qui ressemble un peu au curry), brochettes de poissons...

10-06-16 - tourmentsdamourAutre spécialité, très locale celle là puisqu'elle se limite aux Saintes, le tourment d'amour. Lorsqu'on a vu le pancarte pour la première fois on a cru qu'il s'agissait d'une diseuse de bonne aventure, mais en fait le tourment d'amour est une tartelette qui contient une couche de confiture (ananas, banane, coco, goyave...) sous une couche de pâte type quatre-quart. Ce n'est pas mauvais mais on n'a pas su déterminer si le nom de la patisserie provient de sa capacité à consoler des peines de coeur ou bien de ses propriétés bourratives, qui incitent plus à faire la sieste qu'à conter fleurette.



10-06-16 - viandefumeeDernière découverte antillaise (chronologiquement parlant), la viande fumée sous vide. Nous en avons acheté un gros morceau (1,6kg) juste avant de partir pour la deuxième partie de la traversée, lorsque nous aurions épuisé notre stock de saucisson. Nous l'avons donc ouvert deux semaines après le départ et la viande s'est avérée très bien conservée - on avait un doute malgré la date de péremption qui était indiquée pour août; d'expérience on a pu constater que les dates limite d'utilisation ne sont pas toujours prévues pour un stockage à 30° (c'est vrai qu'on est loin de l'"endroit frais et sec" habituellement recommandé). Bref, pendant quelques jours on a pu manger de la viande à tous les repas. Ca n'a pas le charme des accras mais ça change agréablement du pâté et autres conserves, surtout quand on la fait revenir avec des pruneaux et une sauce au vin, ou sous forme de lentilles à la dijonnaise. Ben oui, ce n'est pas parce qu'on est en traversée qu'on se laisse aller...

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20 mai 2010 4 20 /05 /mai /2010 18:10

10-05-20 - lessaintesNous voici aux Saintes, où nous essayons de trouver la motivation pour lever l'ancre vers les Açores. Il faut dire que le cadre ne s'y prête pas trop: jolie baie entourée de collines, petit village charmant, eau transparente et le soleil est même revenu après plusieurs jours d'absence pour nous encourager au farniente.
La date du départ a déjà été fixée (à aujourd'hui) puis repoussée (à demain), cette fois-ci nous devrions nous y tenir.

A bientôt donc, de l'autre côté de l'Atlantique!

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